mercredi 12 octobre 2005
Interface(s) Montréal - Audio et Vidéo IP
Par Sébastien Pierre, mercredi 12 octobre 2005 à 06:22 :: General
Je reviens tout juste de la seconde session d'Interface(s) Montréal, qui est une session de 9 conférences sur le thème du "génie numérique et des affaires". L'objectif est d'inviter des personnes du privé et du public, des chercheurs et des gens d'affaires, autour de thèmes développés sous forme de mini-conférences.
Aujourd'hui, le thème était Audio et Video IP, avec l'intervention de trois chercheurs (McGill et IITelecom et le SAT) et de deux businessmen de chez Nortel et Telus.
Commençons donc par Nortel et Telus : de manière générale, le mouvement est le même. Les opérateurs ("telcos" et "câblos", comme on dit ici) se retrouvent confrontés à une situation un peu difficile : s'engouffrer dans la convergence des réseaux, ou être laissés sur le pas de la porte. L'enjeu pour eux est notamment de s'accaparer les foyers, qui sont consommateurs de média, plus précisément le téléphone, la télévision et Internet. Au départ, à chaque medium son opérateur, mais dorénavant, avec l'utilisation globale du protocole IP, les rôles se brouillent.
Le consommateur client devient donc un potentiel plus important, puisque en le gagnant, un opérateur IP peut gagner potentiellement une personne qui utilisera 3 média, et paiera donc plus à la même compagnie. L'inverse est aussi vrai : un client pourra très bien partir d'un opérateur vers un autre, et là, ça fait mal, puisqu'il changera d'opérateur pour tous ces services. L'enjeu est donc pour eux de déployer au plus vite des solutions IP "globales" (télévision, téléphonie, Internet), et on sent la pression de la concurrence, et la course à la montre. Evidemement, Microsoft est encore de la partie, et fait tout pour que ces chers telcos, pas trop doués pour le logiciel (eh oui, ils ont une culture essentiellement matérielle) puissent passer au plus vite à la télévision sur IP...
Une chose en tout cas est claire : la valeur ajoutée est dans les services/les applications, même si personne ne sait quelles sont les formes qu'elle prendront. Une autre chose est (presque) claire : les standards seront ouverts, mais personnellement, j'attends de voir SIP réellement décoller pour en être convaincu.
L'impression que m'ont donné ces deux personnes de Telus et de Nortel est qu'ils jouent toutes leurs cartes pour être sur le terrain et que la concurrence est rude, mais qu'ils ne sont pas trop capables d'innovation. Ils comptent ainsi créer un écosystème autour d'eux, par des partenariats (pour Nortel), plutôt que d'assumer tout le poids du développement d'applicatifs. Pour moi, leur rôle est encore flou, mais ce qui est clair, c'est qu'en ce moment se joue une partie majeure dans l'évolution de ces organismes. Je me rappelle d'ailleurs mon amie Kyra (de Vancouver) qui me disait "Telus is taking over B.C." (British Columbia).
Sur un aspect plus théorique (plus "avant-gardiste", ou plus "haut-niveau", c'est selon), les chercheurs présents ont abordé les thèmes de la visioconférence, de l'utilisation du streaming audio par des artistes, et de la qualité sur les réseaux IP. Le thème de la visioconférence était particulièrement intéressant : il s'agissait de musique à distance (plusieurs musiciens qui jouent en même temps), et le fait que cette situation "extrême" montre bien les difficultés de réaliser ça sur les réseaux actuels.
Chose notable, lorsque le débit est suffisamment élevé (en fibre optique, par exemple), et que la latence très faible (pas de compression), les gens oublient qu'ils sont devant un écrans, et réagissent par rapport à l'écran comme si ils étaient en face de la personne (ex: un professeur de violon qui se penche devant son écran pour essayer de mieux voir la position de la main de son élève, qui est à plusieurs milliers de kilomètres !).
Mais la micro-conférence qui m'a le plus intéressé parmi celles-ci concernait le protocole IP et la QoS, non pas à un niveau technique, mais à un niveau "utilisateur", de perception. Le chercheur qui présentait sa vision nous expliquait que c'est la qualité qui fera que les gens sont prêts à payer, mais que les services payants devront vraiment offrir une valeur ajoutée par rapport aux services gratuits (ou presques gratuits, comme Skype ou... Wengo !). Ca paraît peut-être un peu simple, mais ça révélait pour moi le choc du monde Internet et du monde de telcos, de deux cultures et de deux approches différentes, qui se traduisent dans leur vision des réseaux : un réseau dédie pour les telcos, et un réseau généralise (IP) pour Internet.
Je lui ai posé des questions détaillées par la suite sur la gestion de la QoS en VoIP, et à vrai dire, il n'y a pas grand chose à faire sinon essayer de minimiser la latence (et on est toujours dépendants des FAI), mais que dès que l'on tente de construire un réseau "overlay" (type P2P ou avec un réseau de gateway) on introduit forcément de la latence. La question sous-jacente était bien sûr : quel type de réseau permettrait de gérer la QoS demandée par une application ? A ce sujet, je lui ai évoqué l'idée d'un réseau de routage auto-optimisant (dans le sens non mathématique du terme, c'est à dire en faisant "du mieux que l'on peut"), ce qui semble être une piste intéressante, mais encore peu explorée (un bon sujet de PhD, m'a-t-il dit).
Au final, j'en ai profité pour prendre quelques cartes de visites, mais surtout, ça m'a permis de voir que notre vision des télécoms est actuellement plutôt bien fondée, et que nous prenons le bon chemin. Il y a surtout une phrase de Denis Fluet (de Nortel) que je retiendrais : "nous en sommes vraiment au commencement"... alors c'est bon de se dire qu'on fait un peu partie des pionniers !
Update: Les vidéos des conférences sont accessibles ici.