Feng-shui et interfaces graphiques
Par Sébastien Pierre, jeudi 17 novembre 2005 à 02:04 :: Interface :: #9 :: rss

Qui aurait pensé que ces deux domaines pouvaient avoir quelque chose en commun ? Plutôt curieux de voir de quoi il en retourne, je me suis rendu à la conférence de Daniel Engelberg, ergonome, sur le thème du Feng-shui et des interfaces graphiques.
Après une courte introduction au principe du ch'i (l'énergie vitale), Daniel Engelberg nous présente comment ce principe peut être appliqué à la construction d'interfaces graphique pour diriger, ou plutôt canaliser l'attention des utilisateurs. Rien de véritablement ésotérique, mais beaucoup de bon sens, que je vous invite à découvrir en détail...
Le Feng-Shui est basé sur le concept de ch'i (l'énergie vitale) et sur le principe que celle-ci s'écoule à la manière d'un fluide. Pour imaginer la circulation du ch'i dans une maison, il faut se représenter la circulation d'un courant d'air, qui entre par une porte ou par une fenêtre. L'idée du Feng-Shui est, d'après ce que j'en ai compris, d'éviter les perturbation dans la circulation de ce flux, et de le rendre le plus harmonieux possible.

Cette idée d'écoulement d'une énergie, un peu comme un ruisseau, est en fait selon Daniel Engelberg, une métaphore toute à fait intéressant pour caractériser l'attention portée par un utilisateur sur une interface. Ainsi, lorsqu'un utilisateur découvre une interface, il promènera son regard sur l'interface au gré d'un flux motivé par son subsconscient. Par exemple, l'illustration ci-contre montre comment un utilisateur perçevrait (ou plutôt "lirait") le site d'Ivy.
Je viens de dire que le regard est motivé par le subconscient de l'utilisateur. La raison donnée par Daniel Engelberg est simple : notre cerveau perçoit les images en trois étapes
- La première, est une perception assez grossière des formes
- La seconde permet de faire émerger le détail d'une structure
- La troisième et dernière étaper permet de faire émerger les détails les plus fin, et représente le niveau d'interprétation conscient.
Le gut feeling, négatif ou positif, que l'on peut ressentir devant une interface (ou une composition graphique) de manière générale, pourrait donc tenir à la manière dont notre flux d'attention "coule" dans l'interface graphique que nous perçevons, et donc en fonction de ce que le subconscient perçoit. Si ce flux est malmené, que l'on se sent perdu dans l'image, sans trouver un point d'attache ou une structure, alors on se sentira mal (il y a une réaction émotionnelle assez forte), alors que si le flux est orienté de manière "fluide" (ou 'feng-shui', devrais-je dire ?), alors on entre dans un flux cognitif, à savoir que "toutes les parties de notre cerveau fonctionnent correctement ensemble" (je cite).
Là où ceci devient intéressant, c'est que Danier Engelberg nous propose des solutions concrètes. En prenant une capture d'un site Web, et en appliquant quelques filtres simples (flou gaussien + isohélie, par exemple), il arrive à donner une représentation analysable de ce que notre subconscient pourrait perçevoir.

Le plus bas-niveau de notre perception "voit" les choses de manière similaire à ce qui est illustré ci-contre. L'analyse que l'on peut en faire est alors l'identification de structures, et de suivre "naturellement" le flux d'attention, qui s'écoule comme de l'eau s'écoulerait sur la page. Si l'on repère facilement des éléments structurels dans ces versions filtrées de nos site Web, et si des liaisons (en terme de couleur et de formes) apparaissent entre les éléments connexes, alors la page est "bonne".
Je trouve cette idée tout à fait pleine de bon sens, et relativement simple à appliquer. L'avantage est également que l'on ne raisonne plus en terme de composition (où nous avons culturellement une approche plutôt géométrique, voire calquée sur une grille), mais en terme d'écoulement d'un flux sur l'image. Cette technique me semble très riche car elle permet, au moyen d'une méthode basée sur des constats cognitifs, d'effectuer une analyse construite sur une émotion, un ressenti, qui est difficilement caractérisable lorsque l'on a l'image non filtrée.
Daniel Engelberg comparait ses images filtrées à des radiographies, et je pense que l'analogie est très pertinente. Pour moi, c'est encore un excellent exemple de l'apport de la visualisation dans la compréhension et l'analyse de l'information. En modifiant la présentation de l'information, on créé une cadre cognitif et perceptif différent, qui permettra d'envisager l'information différement, pour mieux la comprendre, sans souffrir d'une impression de complexité.
J'espère que les autres conférences prévues seront tout aussi intéressantes...
Plus d'infos:
- Le Feng Shui des interfaces graphiques (PDF), Daniel Engelberg, FokusGroup
Commentaires
1. Le samedi 19 novembre 2005 à 10:20, par Fred K
2. Le samedi 19 novembre 2005 à 16:01, par Sébastien
3. Le mercredi 23 novembre 2005 à 16:37, par Strass
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